Que sont devenus les lauréats du concours reine Elisabeth ?

Le concours Reine Elisabeth est l'une des compétitions de musique classique les plus prestigieuses au monde. Sa particularité est d'alterner chaque année les disciplines dans lesquelles les candidats concourent : piano, chant, composition, violon et pour la première fois en 2017, violoncelle. Revenons sur les plus belles carrières lancées grâce à ce prix et souhaitons autant de succès à Victor Julien-Laferrière, le Français de 26 ans distingué cette année.

David Oïstrakh

David Oïstrakh © Belga

Commençons par le commencement, avec le 1er gagnant du prix, le violoniste David Oïstrakh, distingué en 1937, alors que le concours s'appelait encore Concours Eugène Ysaÿe. La carrière de ce violoniste russe, l'un des plus réputés du 20ème siècle, est marquée par son engagement en faveur de la propagande communiste. Après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il sera ainsi amené à voyager à travers les festivals du monde afin de communiquer une image positive de l'URSS. Ce talentueux virtuose révolutionne son art et inspire plusieurs compositeurs, dont Dmitri Chostakovitch ou Arno Babadjanian qui lui composent des concertos dédiés. Son fils Igor est professeur au Conservatoire royal de Bruxelles et un astéroïde, 42516 Oistrach, est ainsi nommé en leur honneur.

Leonid Kogan

Leonid Kogan © Belga

Après une trêve pendant la Seconde Guerre Mondiale, le concours renaît en 1951, sous le nom qu'on lui connaît aujourd'hui encore. Le lauréat de cette édition est le violoniste ukrainien Leonid Kogan (le 2ème en partant de la gauche sur la photo). Le soir de la finale, son interprétation du premier concerto de Paganini provoque l'ovation des 2 000 spectateurs. Ensuite, il enseigne au conservatoire de Moscou et à l'Académie de musique de Sienne. Sa pédagogie est reconnue et il devient le maître des plus grands virtuoses du 20ème siècle, tout en continuant sa carrière de musicien. Plusieurs concertos lui sont également dédiés. Il meurt d'une crise cardiaque dans le train qui l'emmenait à Yaroslavl où il devait jouer le soir même avec son fils.

Leon Fleisher

Leon Fleisher © Belga

L'année suivante, c'est un Américain qui se distingue au piano. Il faut dire que Leon Fleisher (au milieu) a déjà un parcours atypique et impressionnant. À 16 ans, il se produit en concert avec l'Orchestre philharmonique de New York dirigé par le chef d'orchestre Pierre Monteux qui dira de lui qu'il est « la découverte pianistique du siècle ». À 37 ans, on lui diagnostique une dystonie focale qui paralyse sa main droite. Il lui faudra 30 ans pour vaincre la maladie et revenir en 1995 sur les devants de la scène classique internationale. Des années mises au service de l'enseignement de son art au Peabody Institute de Baltimore et au Curtis Institute de Philadelphie où on le surnomme l'« Obi-Wan Kenobi du piano », en référence au vieux sage de Star Wars.

Ekaterina Novitskaya

Ekaterina Novitskaya © Belga

En 1968, la première femme à remporter le prix Reine Elisabeth est Ekaterina Novitskaya, pianiste russe alors seulement âgée de 16 ans. C'est d'ailleurs à Bruxelles, pendant les épreuves, qu'elle rencontre son futur mari, le pianiste belge François-Emmanuel Hervy. Il lui faudra pourtant rentrer en URSS, d'où elle mettra près de 10 ans à sortir. Après son mariage en Belgique, la musicienne fonde une famille de 5 enfants et se produit rarement. Elle donne son premier récital en 1985, à New York. On l'entend peu depuis.

Albert Delvaux

Albert Delvaux © Conservatoire national de Bruxelles

Né à Gand, Albert Delvaux est le premier lauréat belge du concours Reine Elisabeth, en 1961, dans la catégorie composition pour orchestre symphonique. Il avait déjà participé aux épreuves en 1957, remportant la 3ème place dans la catégorie composition pour orchestre de chambre. Son œuvre se caractérise par un grand respect des traditions et un goût touche-à-tout. Au total, on lui doit près de 80 compositions, tous genres confondus : musiques de chambre, musiques pour chœur, cantates, œuvres symphoniques, concertos, lieds, etc... Albert Delvaux est décédé en 2007.

Aga Winska

Aga Winska © Facebook Aga Winska soprano

L'année 1988 marque le retour des épreuves lyriques. Dans la catégorie chant, c'est la jeune soprano d'origine polonaise qui bouleverse le jury par son interprétation de l'air des clochettes de Lakmé (opéra de Delibes). À l'époque, son portrait fait le tour des médias belges. Depuis, Aga Winska n'a pas quitté notre pays. Elle donne quelques récitals de temps en temps et elle est aujourd'hui professeur de chant à l'école Amadeus de Quiévrain et au Conservatoire de Musique et des Arts Parlés Maurice Guillaume (Châtelet).

Abdel Rahman El Bacha

Abdel Rahman El Bacha © EPA

D'origine libanaise, né à Beyrouth, Abdel Rahman El Bacha vient d'une famille de musiciens. En 1974, il entre au conservatoire de Paris d'où il sort avec 4 premiers prix (piano, musique de chambre, harmonie et contrepoint). En 1978, il remporte à l'unanimité le premier prix du concours Reine Elisabeth, dans la catégorie piano. Il s'installe ensuite définitivement à Paris, obtient la nationalité française et enchaîne les albums, les concertos aux quatre coins du monde et les prix. Ses deux compositeurs de prédilection sont Chopin et Beethoven, qu'il considère comme « le yin et le yang de la musique ». Il est aussi maître en résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth à Waterloo.

Frank Braley

Frank Braley © Belga

Âgé de seulement 22 ans, Frank Braley remporte le premier prix du concours Reine Elisabeth en 1991, dans la catégorie piano. Le jeune musicien n'en est pas à ses débuts : à 10 ans déjà, il joue son premier concert avec l'Orchestre philharmonique de Radio France. Pourtant, c'est bien le prix belge qui lance sa carrière internationale. Le pianiste donne des récitals partout dans le monde et est l'invité d'honneur de grands festivals. En 2012, il devient directeur musical de l'Orchestre royal de chambre de Wallonie et en 2013, il est membre du jury Concours musical international Reine Elisabeth. Sa carrière est également ponctuée d'une dizaine d'albums consacrés à Beethoven, Debussy, Schubert, Strauss et bien d'autres.

Piet Swerts

Piet Swerts © Belga

Piet Swerts est l'un des rares belges à avoir remporté le prix le plus glorieux de musique classique, dans la catégorie composition, en 1993. Le natif de Tongres est alors invité à travailler et à diriger dans plusieurs pays. L'un des moments les plus importants de sa carrière est la création de l'opéra « Les liaisons dangereuses » en 1996 pour l'opéra flamand. Après la reprise d'études au début des années 2000, Piet Swerts devient membre en 2013 de l'Académie royale flamande des arts et des sciences de Belgique. On lui doit de nombreux concertos pour orchestres, musiques de chambre, œuvres pour chœur, pour orgue, pour piano, art oratoire, etc.

Lukas Vondracek

Lukas Vondracek © Belga

Encore un surdoué ! Lukas Vondracek donne en effet son 1er concert à l'âge de 4 ans et réalise sa 1ère tournée internationale à 10 ans. Autant dire que le pianiste était largement favori lorsqu'il s'est présenté au concours Reine Elisabeth en 2016, alors âgé de 30 ans. Et c'est à l'unanimité qu'il confirme les prévisions, grâce à sa technique pleine de fougue et de passion. Le jeune diplômé du New England Conservatory peut compter à son actif 850 concerts donnés dans 22 pays différents. Aujourd'hui, il joue régulièrement avec l'Orchestre philharmonique tchèque, l'Orchestre national de Belgique et le BBC Philarmonic.

Cet article me rend ...
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0

Dossiers

Plus de dossiers
Top