Interview : Channel Zero décroche un sacré uppercut avec son nouvel album studio

C’est parti ! Après la sortie de l’album acoustique « Unplugged » (2015), Franky De Smet-Van Damme et ses acolytes reviennent avec un son qui n’a pas d’égal dans l’univers du metal. L’uppercut critique « Exit Humanity » (sortie le 27 octobre) est le troisième album studio depuis le retour du groupe en 2010, après un long break. Le guitariste Mikey Doling a produit ce disque et Sen Dog, issu du groupe de rap Cypress Hill, est l’un des prestigieux guests à contribuer à « Exit Humanity ».

Interview : Channel Zero décroche un sacré uppercut avec son nouvel album studio © Channel Zero

 Franky De Smet-Van Damme : « Exit Humanity n’est pas un album conceptuel. Je chante sur des sujets universels. "Elephant In The Room" parle de Donald Trump par exemple.» Seven Antonopoulos : « J’aime que les textes soient liés à l’actualité. En plus du dossier Trump, Franky traite aussi d’autres sujets brûlants, comme la problématique des réfugiés, la religion et le réchauffement de la planète.» De Smet-Van Damme : « Tout le monde semble surpris lorsqu’un ouragan destructeur survient. Mais moi, je me demande combien de temps fermerons-nous encore les yeux en faisant comme si on pouvait y changer quelque chose ? La nature s’en chargera pour nous. En nous envoyant un nouveau fléau ou autre chose. C’est juste une question de temps. Ce n’est pas une prophétie, mais simplement du réalisme. Channel Zero a toujours eu ce côté plus sombre. On n’est pas le groupe le plus joyeux de la planète. La réalité n’est pas non plus toujours réjouissante. Il fallait bien que quelqu’un en parle (rires).»

« Un sacré coup en pleine figure pour la réalité, hein»

« Un sacré coup en pleine figure pour la réalité, hein» © Channel Zero

Malgré ces vastes catastrophes, le graphisme de la couverture signé Patrick Cornelis est également tragicomique : « cause de la mort : religion », peut-on lire sur la pochette du single « Blood Letters ».
 
Mikey Doling : « Un sacré coup en pleine figure pour la réalité, hein.»
 
De Smet-Van Damme : « Nous essayons toujours de trouver l’équilibre entre la gravité et l’humour. Nous voulons mettre en avant des thèmes importants. Mais pas sans en bousculer l’un ou l’autre au passage.»
Doling : « Le contenu de nos chansons n’est pas réjouissant, mais ce n’est pas grave. On joue du heavy metal, mec. Cela n’a rien à voir avec les marguerites et les licornes. Écoutez les disques de Black Sabbath. Est-ce qu’ils vous rendent dépressif ? Non ? Tout va bien alors.»
 
De Smet-Van Damme : « C’est fou. Avec l’avalanche de nouvelles négatives qui tombent sans arrêt se crée une espèce d’accoutumance. Nos enfants voient des images de décapitations, comme s’il s’agissait d’un film d’horreur. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. C’est la vie réelle.»
 
Doling : « Le titre de notre nouvel album est en ce sens très parlant. "Exit Humanity" : si nous continuons, nous n’aurons plus l’occasion de le chanter très longtemps. La guerre, la pollution, la politique et la religion finiront par nous achever tôt ou tard. Il y a une grande porte de sortie par là.»
 
De Smet-Van Damme : « Par ailleurs, nous continuons aussi à vivre. Celui qui ne sait pas suivre en est pour sa peine. Nous sommes devenus très dépendants des réseaux sociaux et des smartphones. Je plaide coupable moi aussi. Où cela nous mènera-t-il ? Le flux d’informations nous submerge. Il est sain d’en être conscient. En tant que groupe, il faut également faire attention à rester présent. Sortir un CD est presque devenu démodé à l’heure de Facebook Live. D’ici cinquante ans, les fans téléchargeront peut-être un album de Channel Zero directement dans leur oreille. (rires) Ce n’est pas que je sois contre une évolution positive. C’est juste que j’ignore si la période que nous vivons restera dans l’Histoire. Tout va très vite. Y a-t-il encore une valeur réelle ? Je me pose réellement des questions. Notre groupe essaie de faire la différence. Avec "Exit Humanity", nous essayons de mettre en place un facteur de stabilité.»

« Pourquoi les Hommes peuvent-ils être aussi cruels envers leurs semblables ? Je ne comprends pas »

« Pourquoi les Hommes peuvent-ils être aussi cruels envers leurs semblables ? Je ne comprends pas » © Channel Zero

Vous ressentez donc un besoin omniprésent de raconter des éléments pertinents ?
 
De Smet-Van Damme : « En tant qu’artiste, vous avez presque envie de crier ce que vous avez à dire. Je ne prétends pas que je vais changer le monde, mais faire comme si rien n’allait mal n’est pas non plus une solution. Channel Zero est un groupe critique, c’est vrai. Comme Mickey le disait : nous n’écrivons pas de chansons sur les fleurs. Ou alors sur des fleurs noires. (rires) Vous savez, je crois beaucoup au hasard. "Blood Letters" a été écrite après les attentats de Bruxelles. Il se trouve que le single est sorti au moment de l’attentat de Manchester. Un mauvais coup du sort. C’est dur. Pourquoi les Hommes peuvent-ils être aussi cruels envers leurs semblables ? Je ne comprends pas.»

Antonopoulos : « Heureusement, la musique est un exutoire.»
 
Doling : « Nous sommes quatre potes qui aimons jouer ensemble. C’est tout. Nous contre le reste du monde ? Non, quand même pas.»
 
De Smet-Van Damme : « C’est plutôt le monde contre nous. On pense d’ailleurs à changer notre nom en Cripple Zero (rires). Non, nous pouvons nous réjouir de toujours avoir l’énergie suffisante pour jouer de la musique. Nous y croyons toujours. Beaucoup en rêvent, mais je leur dis toujours : rêver, c’est bien, agir, c’est mieux. Cela ne peut pas rester au stade du rêve.»
 
Antonopoulos : « Je suis très enthousiaste au sujet de ce nouveau disque. Il est vraiment bon. "Exit Humanity" est actuel, moderne, heavy et authentique. Nous sommes restés fidèles aux raisons d’être du groupe. Chacun se sent à sa place. Personnellement, je me mets beaucoup de pression pour faire le mieux possible. "Exit Humanity" est le premier disque de Channel Zero sur lequel j’officie à la batterie depuis la tragique disparition de Phil Baheux en 2013.»
 
Doling : « Phil était un personnage unique, débordant d’énergie. Cela nous semblait impossible de le remplacer, mais avec Seven, on avait sous la main la personnalité idéale pour le job. Je l’avais invité à manger des sushis à Los Angeles. Si je devenais votre nouveau batteur, qu’en dirais-tu ?, m’a-t-il demandé. Je lui ai répondu : "Fantastique, ce rôle est taillé pour toi." Cela s’est passé aussi simplement que cela.»
 
Antonopoulos : « Tout s’est passé simplement et la mayonnaise a pris.»
 
Franky : « Le hasard a fait son travail. Il est parfois inutile de trop réfléchir. Laisse-toi porter par le vent si tu le sens comme ça.»
 
Merci pour cet échange !
 
www.channel-zero.be

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