Kraftwerk aux commandes : mode pionnier activé

Vous les connaissez certainement sans le savoir. Vous vous dites Kraftwerk? Mais c’est quoi ça ? Une usine ? Oui Monsieur, c’est ça, une usine à son et à spectacle venant du futur… Groupe de légende, bidouilleurs invétérés de machines prêtes à nous sortir toujours plus de sons improbables et de rythmes électro. C’est reclus dans leur propre studio Kling Klang qu'ils ont travaillé dans l'ombre et que la magie s’est opérée durant toutes ces années. Kraftwerk a eu une telle influence sur la musique rock, pop, hip hop et électronique qu’il est impossible de passer à côté. Leur dernier album live sorti en 2017 ‘3D The Catalogue’ est une parfaite occasion de les re-découvrir.

Cerise sur le gâteau, le groupe sera présent cette année sur la plaine de TW Classic à Werchter le 14 juillet, un évènement à ne surtout pas manquer !

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La naissance d’un mythe

La naissance d’un mythe © kraftwerk

C’est lors de sessions d’improvisation dans le cadre de leurs études au conservatoire de Düsseldorf en 1968 que Ralf Hütter et Florian-Schneider Esleben se sont rencontrés. Affiliés par la presse anglaise au  mouvement Krautrock, un courant de la scène expérimentale originaire d’Allemagne de l’Ouest, ils sortirent trois albums au succès mitigé. Plus tard, la rencontre avec Wolfgand Flür et Karl Bartos, tous deux percussionnistes fut déterminante et vint sceller le groupe sous sa forme quasi définitive en tout cas la plus productive. Kraftwerk ayant subi moult restructurations au fil des années, il ne reste depuis 2012 que Ralf comme membre fondateur.

La sortie de l’album ‘Autobahn’ en 1974 permettra à Kraftwerk de connaître son premier succès mondial qui marquera leur entrée définitive dans le tout ‘machine électronique’.  Le morceau éponyme de plus de vingt minutes difficilement accessible pour une diffusion en radio sera raccourci en une version de trois minutes qui rencontra directement un énorme succès et leur ouvrira les portes des Etats-Unis. À la suite de cela, de nombreux albums se sont ajoutés à leur discographie. Des morceaux comme Trans-Europe Express, The Robots ou encore Radioactiviy sont devenus des classiques du répertoire de Kraftwerk et de l’histoire de la musique.

Un concept artistique global

Un concept artistique global © Isopix

Kraftwerk est un mot allemand qui signifie ‘ centrale électrique ‘ . Lorsqu’on prononce le mot Kraftwerk, on pense logiquement au monde industriel en totale adéquation avec cette époque de l’après-guerre au cours de laquelle grandirent les membres fondateurs du groupe. Ce concept est largement distillé dans la manière mécanique qu’a le groupe à répéter les sons pendant de longues minutes. Leur style peut être qualifié d’électro-pop influencé par la musique répétitive d’un Steve Reich ou d’un John Cage à laquelle viendra s’ajouter des sons ponctuels et des paroles très minimalistes. Les machines deviennent les stars, on ne parle que de synthétiseurs, vocodeurs, de boites à rythmes ou d’effets sonores.

Au-delà de cet aspect purement instrumental, Kraftwerk cultive aussi son image sur le plan de l’esthétique visuelle et graphique. Ils sont la plupart du temps maquillés et à peine reconnaissables. Il arrive souvent  qu’en fin de concert des robots à leur effigie jouent sur scène en lieu et places du quatuor. Ils n’ont d’ailleurs plus donné d’interview sous forme humaine depuis 1978, privilégiant l’usage d’un robot. On fait face à la fusion inévitable du monde de la robotique et de celui des humains. Au fil des ans, objectif atteint, le groupe et sa musique sont devenus une œuvre d’art à part entière tellement le concept est global et interpelle par son message ainsi que par sa vision du monde dans lequel on vit.

Kraftwerk est partout !

Kraftwerk est partout ! © Isopix

De David Bowie à Madonna en passant par Franz Ferdinand, il est presque impossible d’évoquer toutes les groupes et styles musicaux qui de nos jours ont été influencés ou ont utilisés des samples tirés de morceaux de Kraftwerk tellement la liste est longue.  

On mentionnera New Order, groupe qui succéda à Joy Division suite au décès de son leader Ian Curtis. C’est ce dernier qui fit découvrir Kraftwerk à Peter Hook, le bassiste de Joy Division et futur fondateur de New Order. On peut entendre leur large influence sur le morceau ‘Your silent face’ qui devait à la base se nommer KW1 pour Kraftwerk One.

Un autre adepte de la musique expérimentale qui utilisa sans retenue des morceaux entiers de Trans-Europe Express et Numbers, est Afrika Bambaataa. Le célèbre DJ américain, fondateur de la Zulu Nation a connu un succès retentissant grâce au titre ‘Planet Rock’, sorti en 1982,  pour lequel Kraftwerk touche actuellement toujours des royalties ! On parle même de ce morceau  comme l’acte fondateur du mouvement ‘électro’.

On citera encore Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, aussi connus sous le nom The Belleville Three,  véritables pionniers de la scène techno de Detroit qui mentionneront Kraftwerk  comme étant l’une de leurs principales influences.

Un autre groupe à avoir utilisé des échantillons du quatuor est The Chemical Brothers qui samplèrent une petite partie du morceau ‘Ohm Sweet Ohm’ présent sur l’album Radio-Activity sorti en 1975 et qu’ils utilisèrent sur leur morceau ‘Leave Home’.

Enfin en 2005, on se rappelle de Coldplay dont la mélodie du morceau ‘Talk’ est largement inspirée de la chanson ‘Computer Love’ présente sur l’album Computer World de Kraftwerk.

Le message décodé

Le message décodé © Isopix

Les paroles souvent simplistes, faites de quelques mots peuvent laisser penser qu’elles ont peu d’importance et qu’elles ne sont en tout cas pas un point central de la musique du groupe. Mais lorsqu’on écoute attentivement on se rend compte que les mots sont choisis avec minutie et répétés dans un tempo bien précis pour mettre l’accent sur tel ou tel dérives ou avancements technologiques de notre société.

Pour le titre ‘Radioactivity’, on entend : « Radioactivité, est partout pour toi et moi. Radioactivité, Découverte par Madame Curie, Radioactivité est dans l’espace pour toi et moi, Radioactivité produit des ondes vers le capteur, Radioactivité, Quand notre futur est en jeu.» C’est d’ailleurs un des points marquants évoqués dans leurs morceaux, à savoir cette ambivalence entre la critique d’une société qui zappe le côté humain au profit de la robotisation des tâches et au contraire les évolutions technologiques comme le train abordé dans Trans-Europe Express qui permettent à tout le monde d’être relié. Le fait de se présenter sous forme de robots sur scène n’est pas non plus anodin, ils fuient simplement l’exposition médiatique pour mettre en avant l’œuvre qu'est Kraftwerk.

Pour les curieux

Pour les curieux © Isopix

Kraftwerk a depuis 'Radioactivity' décidé de sortir une version allemande et une version anglaise de leurs albums, celle-ci étant dédiée au marché international. Ralf défend avec vigueur ses origines allemandes. Il a voulu préserver, face à l’envahissement de la culture américaine, ce qui restait de la culture allemande après la défaite de son pays lors de la seconde guerre mondiale. On pourrait se demander pourquoi alors sortir une version anglophone de leur album s’il se revendique à ce point défenseur de la culture de leur pays.

 En 1983, Ralf Hütter a été victime d’un accident de vélo. Suite à cela il est tombé dans le coma, ses premières paroles en sortant du coma aurait été selon Karl Bartos : « Où est ma bicyclette ? ». 20 ans plus tard, dans le cadre du centenaire de la compétition sportive, ils ont sorti l’album ‘Tour de France Soundtracks’. Il s’agissait du premier album comportant de nouveaux morceaux depuis 1986 année lors de laquelle est parue l’album 'Electric Café'.

 En janvier 2014, Kraftwerk a été récompensé par le Grammy Awards du « Liefetime achievement » (l’accomplissement d’une carrière). La même année, moment unique pour les fans puisque le groupe décide de jouer 8 albums durant 8 jours, dans un endroit particulier à raison d'un album par jour. Hormis cet évènement mémorable et sold out en quelques instants, certaines places, pour les représentations au musée d’art moderne de  New York, vendues au départ 25 dollars sont montées jusqu’à 40 000 dollars au marché noir.  Alors si vous avez la chance de voir Kraftwerk en concert, par exemple ce 14 juillet à Werchter, foncez, vous ne le regretterez pas !

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